Collectif des Objectrices et objecteurs Tarnais Collectif des Objectrices et objecteurs Tarnais

Accueil du site > Tchétchénie > Tchétchénie : Automne 2009 - Normalisation = Dictature sanglante - Pourquoi (...)

Tchétchénie : Automne 2009 - Normalisation = Dictature sanglante - Pourquoi faut-il absolument protéger les réfugiés Tchétchènes ?

19 septembre 2009


TCHÉTCHÉNIE :

AUTOMNE 2009, NORMALISATION = DICTATURE SANGLANTE

POURQUOI FAUT-IL ABSOLUMENT PROTÉGER LES RÉFUGIÉS TCHÉTCHÈNES ?

 

Les bombardements ont cessé, plus de check-points, la ville de Grozny en partie reconstruite, des gens qui vaquent normalement à leurs occupations, à première vue la normalisation semble bien en route. Mais ceci n’est que la partie visible, si l’on pousse la visite, la majorité des 420 villages de Tchétchénie n’a pas encore été reconstruite et les assassinats de Natalia Estemirova le 15 juillet 2009 et ceux de Rayana Salouadeva et de son mari le 10 août 2009, montrent que la situation paisible n’est qu’une apparence.

Natalia Estemirova était l’une des personnes les plus en vue à Mémorial. C’est elle qui hébergeait Anna Politoskaïa lorsque celle-ci se rendait en Tchétchénie. C’est à elle que les journalistes étrangers s’adressaient pour avoir des nouvelles de Tchétchénie. Mémorial voit la main de Kadyrov dans cet assassinat et c’est une quasi certitude. Dans l’un de ses derniers interviews donnés en avril 2009 à Mylène Sauloy, elle parlait de son travail et de son refus de courber la tête. Elle rapportait que 30 personnes avaient été enlevées dans le village de Dargo en Tchétchénie en janvier 2009. Elle avait enquêté, des gens du village avaient parlé. L’une des personnes du village a pris peur et est venue lui demander de signifier par écrit aux autorités qu’il ne lui avait rien dit. Elle lui a répondu, « que celui qui fait pression sur toi vienne me voir, et moi j’irai porter plainte. » Personne n’est venu la voir, mais elle a été assassinée.


Climat de peur

L’assassinat de Natalia est aussi révélateur du climat de peur qui saisit aujourd’hui l’ensemble de la population tchétchène. Natalia a été enlevée devant chez elle. Des voisins ont assisté à son enlèvement. Même en pleine guerre dès qu’une personne était enlevée, les témoins se précipitaient au bureau de Mémorial. Pour Natalia, personne n’a réagi. Quelques heures plus tard, c’est sa fille qui a donné l’alerte. Des personnes de Mémorial se sont rendues dans l’immeuble où habitait Natalia et là sous couvert d’anonymat, des voisins ont raconté ce qui s’était passé.

Rayana Salouadeva avait créé « Sauvons la génération » une ONG qui vient en aide aux enfant mutilés par la guerre. Son enlèvement est un cas plus fréquent révélateur du climat de dictature et de peur qui règne en Tchétchénie. Des hommes armés sont venus chercher Rayana et son mari sur les lieux de leur travail et les ont emmenés de force. Ces gens, des policiers sans doute, devaient penser qu’ils détenaient une information précise. Rayana et son mari n’ont pas pu ou pas voulu la donner, ont été torturés et retrouvés morts le lendemain. Ce qui est arrivé à Rayana et son mari peut arriver à tout Tchétchène, mais n’étant pas connue, l’information ne parviendra pas dans nos médias. Un membre de Memorial nous a précisé que le nombre d’enlèvements, qui avait baissé dans les deux dernières années atteint aujourd’hui celui de 2001, en pleine guerre.

Face à cette situation il n’y a pas à s’étonner si des Tchétchènes viennent chercher protection en Europe.


Pourquoi des Tchétchènes ne veulent pas rester en Pologne ?

Avec le règlement dit de « Dublin 2 », le réfugié doit faire sa demande d’asile dans le premier pays où il a été contrôlé. Pour les Tchétchènes qui veulent se rendre en Europe, le passage privilégié est par la Pologne où ils sont systématiquement contrôlés à la descente du train. Beaucoup continuent vers d’autres pays, mais ayant laissé leurs empreintes en Pologne, les pays comme la France ou l’Allemagne ne voudront pas instruire leur dossier de demande d’asile, s’appuyant sur le règlement « Dublin 2 ». Ceci dit ce règlement laisse toute latitude à chaque pays d’instruire quand même les dossiers.

La Pologne ne peut pas assumer le nombre de réfugiés toujours croissant. Lors d’une réunion en 2007, la FIDH, a rencontré l’équivalent de l’OFPRA en Pologne. Les gens de cet organisme ont fait part de leur désarroi, des mauvaises conditions d’accueil, du surnombre.

Les réfugiés sont logés dans des centres qui sont parfois d’anciennes casernes, éloignés des villes. Les conditions sanitaires sont mauvaises, l’accès aux soins difficile, la scolarisation des enfants aléatoire. Mais, plus que les mauvaises conditions d’accueil, ce qui incite les Tchétchènes à poursuivre plus loin en Europe, c’est la peur des gens de Kadyrov. La relative proximité de la Russie, fait que des « Kadyrovskys » viennent en Pologne et incitent les familles à retourner en Tchétchénie. Plusieurs témoignages convergent en ce sens.


En France des émissaires de Kadyrov présents aussi :

Anne Letallec, avocate à Paris et qui a défendu beaucoup de Tchétchènes témoigne qu’elle a été sollicitée par des employés du CADA du Mans à la fin du printemps 2009. Ceux-ci lui ont dit que des Tchétchènes, qui avaient eu un visa par le Danemark se sont rendus dans leur ville. Ils sont rentrés en contact avec des familles hébergées dans ce CADA, et ont incité ces familles à retourner en Tchétchénie. L’une de ces familles à cédé aux pressions.

Si des gens de Kadyrov peuvent se rendre en France pour faire pression sur les familles, on peut croire que le cas est similaire et amplifié en Pologne, qui est beaucoup plus proche de la Russie.

La normalisation en Tchétchénie n’a de normalisation que le nom. Une dictature sanglante s’est mise en place. Accueillir les Tchétchènes qui sont en danger est de notre devoir

Guy


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
AbLink Sites Internet
Site réalisé et hébergé par AbLink Sites Internet