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film documentaire « Lettre à Anna » sur Anna Politkovskaïa suivi d’un débat

Jeudi 4 mars 2010

Salle ARCE le jeudi 4 mars 2010 aura lieu la projection du film documentaire « Lettre à Anna » sur Anna Politkovskaïa suivi d’un débat que nous animerons.

CRITIQUE de Télérama : (www.telerama.fr)

 

Il faut aller voir ce film. Mais comme un hommage vibrant à Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée le 7 octobre 2006 - jour de l’anniversaire de Vladimir Poutine ! - pour avoir été, longtemps, cette femme intègre à la pensée libre qui ne cessait de s’opposer au pouvoir en place. Ce documentaire retrace son engagement à propos de la guerre en Tchétchénie et des pratiques dictatoriales du gouvernement Poutine. Il recueille les témoignages de ses proches (ses anciens collègues journalistes, son fils, sa fille, décidée à rouvrir l’enquête par fidélité à cette mère qu’elle admirait...) qui réclament la vérité sur les commanditaires de son assassinat. Portrait alarmant de la Russie, pamphlet pour la liberté de la presse, ce documentaire est tout cela, mais c’est autre chose que l’on retient : quelques images d’Anna que le réalisateur avait commencé à filmer, en 2003. Anna marchant dans un jardin lors d’un séjour à Paris (son dernier), son regard quand elle dit s’attendre à mourir à tout moment. Impossible d’oublier les yeux d’Anna...

Guillemette Odicino

Film documentaire réalisé par Eric Bergkraut Avec Anna Politkovskaïa, Vera Politkovskaïa, voix de Catherine Deneuve, ...Durée : 1h15 min Année de production : 2009 Distributeur : Nour Films

extraits du site « comme au cinéma » : http://www.commeaucinema.com/film/lettre-a-anna,164985

Lettre à Anna : Au-delà du symbole

Anna Politkovskaïa a commencé à devenir connue du monde entier pour ses articles critiques envers le pouvoir russe, notamment sur son rôle dans la guerre en Tchétchénie. Mais c’est davantage toutes les tentatives pour la faire taire, puis sa mort qui auront - finalement et malheureusement - creusé le sillon de sa renommée. Journaliste d’un titre indépendant de Russie, Novaïa Gazeta, depuis juin 1999, elle s’était engagée sur la situation de ce peuple tchétchène. Faisant de nombreuses fois le voyage sur place, pour rencontrer, apprendre, comprendre, elle en revenait avec des informations et des comptes-rendus sur le drame humain et politique qui s’y jouait. Elle y sera faite prisonnière par les militaires russes en 2001.

Comme elle le dit elle-même dans Lettre à Anna, elle n’avait aucun ami dans cette guerre : ni les Russes, ni les combattants Tchétchènes. Lors de la prise d’otages d’un cinéma à Moscou en 2002, alors que les terroristes tchéchènes la posent en négociatrice, elle sera, contre leur attente, sans parti pris.

Anna Politkovskaïa n’était pas là où tous les protagonistes l’attendaient. Si elle a été une icône de l’opposition au pouvoir russe actuel, ce symbole de la négation des libertés en Russie, ce n’est pas par bravoure ou par haine. Son engagement n’était pas politique, il était humain. Que ce soit à Beslan en 2004, où elle n’a pas eu le temps d’intervenir, empoisonnée dans l’avion, ou à Grozny et Moscou, seul le sang non versé compte pour elle. Seuls les faibles comptent. Qu’ils soient tchétchènes bombardés, mutilés, tués ou russes, ses valeurs ne conçoivent pas les frontières : ils sont victimes, otages, injustement accablés.

Elle sera leur voix. C’est là la force de Politkovskaia. Imparfaite, exigeante, dure au quotidien, son incroyable courage tient du fait qu’elle était animée d’un féroce besoin de justice et de vérité. Elle y puisait obstination et volonté, ces qualités qui l’ont faite incarner la noblesse du métier de journaliste : montrer, analyser, oser dire.

Quand elle apparaît à l’écran, nous sommes deux ans avant sa mort. Mais tout est déjà en place jusqu’à sa détermination d’aller au bout, son voile de tristesse qui ne la quitte pas depuis qu’elle a vu l’horreur en Tchétchénie. Jusqu’à sa sérénité. Apparaît à l’écran une femme prête, qui sait exactement le danger qu’elle encourt.

S’il nous plonge dans les coulisses d’un pays où l’assassinat d’opposants au régime est régulier, Lettre à Anna ne se veut pas seulement dénonciation de pratiques iniques. C’est un voyage en tête-à-tête avec Anna qu’il nous propose, une rencontre intime avec celle qui n’avait pas d’autre alternative que d’aller au bout de ses convictions. Se racontant elle-même ou racontée par ses proches et concitoyens, elle devient autre chose qu’un événement atroce. Elle reprend vie.

Note d’Eric Bergkraut, le réalisateur de Lettre à Anna

Je souhaitais réaliser un film totalement différent, un film sur la liberté. Puis est arrivé le 7 octobre 2006…

J’ai appris la mort de Politkovskaïa sur mon autoradio et j’ai immédiatement pensé aux enregistrements que j’avais dans lesquels elle apparaît. Certaines de nos conversations avaient pris un ton très personnel.

Au début, j’ai lutté. Mais il est rapidement devenu une évidence que je devais faire cette Lettre à Anna. Je ne pense pas que Politkovskaïa avait toujours raison. Elle était humaine et donc faillible. Mais j’ai cette impression qu’elle a toujours recherché la vérité, qu’elle était cohérente dans le respect qu’elle avait des autres. Pourtant, elle n’a jamais simplifié la vie de quiconque.

Mes souvenirs d’Anna sont ceux d’une femme élégante, pleine de discernement et d’autocritique. Elle mérite d’avoir les coulisses de son meurtre exposés au regard de chacun d’entre nous.

Qu’ont-ils pensé de Lettre à Anna ?

« Lettre à Anna est un film sans aucun pathos. Qui n’a pas besoin d’effets spéciaux. Au contraire, il est sobre et factuel. Néanmoins, le film est fascinant, on pourrait presque dire captivant. (…) Ceux qui ont lu le journal d’Anna Politkovskaïa savent que ses écrits sont une analyse approfondie et réaliste de la situation dans son pays, dépourvus de tout fanatisme.

Il serait bon que ce film soit vu par le plus grand nombre. Notamment les hommes politiques qui embrassent et congratulent les hommes politiques russes, presque enivrés par l’odeur du gaz et du pétrole ! »

Vaclav Havel, écrivain, ancien dissident et ancien président de la République Tchèque, lors de la remise du prix à Lettre à Anna.


« Je crois qu’il est très important que l’histoire de Anna Politkovskaïa soit présentée sous différents angles. Le film inclut ses propres mots, ceux qui l’ont soutenue et l’ont aimée, ceux qui l’ont détestée, et qui sont probablement derrière cette horrible meurtre…

Elle s’est battue pour des valeurs qu’elle croyait être de première importance et elle en a payé le prix ultime. »

Garry Kasparov, militant de l’opposition russe et ancien champion d’échec, pour qui l’enquête sur la mort d’Anna Politkovskaïa est une parodie.

« Quand Lettre à Anna se termine, on quitte la salle très en colère. Il faut que les journalistes à travers le monde s’emparent du sujet pour demander à leurs collègues russes : qu’est-ce qui se passe chez vous ? Poutine doit rendre des comptes. »

Bob Geldof, chanteur militant irlandais, à la sortie de la projection inaugurale de Lettre à Anna à Berlin

Le procès

Le 19 février 2009, après trois mois de procès, les jurés du tribunal militaire de Moscou acquittaient les trois hommes accusés d’avoir pris part à l’assassinat de la journaliste. Selon eux, l’enquête n’a réussi à prouver l’implication d’aucun des suspects. Les frères Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov et l’ancien policier, Serguei Khadjikourbanov, accusés d’avoir organisé l’assassinat et poursuivis pour “meurtre”, risquaient la prison à vie.

Reporters Sans Frontières alors déclare que « cette décision est la conséquence d’une enquête incomplète et transmise prématurément à la justice. Les irrégularités, les incohérences et l’opacité observées lors de ce procès, fermé à plusieurs reprises au public et marqué par un scandale dès son début, interdisent de considérer l’affaire comme résolue. En l’absence du tireur présumé et faute de connaître l’identité des commanditaires, il est impossible de savoir qui a ordonné ce crime et pourquoi. Tout reste à faire ».

Quatre mois plus tard, le 25 Juin 2009, la Cour suprême de Russie annule l’acquittement, à la demande du parquet. La haute juridiction estime que les vices de procédure justifiaient l’annulation du verdict et renvoie le dossier devant un tribunal pour un nouveau procès. Reporters Sans Frontières déclare alors que « l’essentiel du dossier est toutefois ailleurs. Il s’agit de l’identité du commanditaire et de l’exécutant de ce crime. » Les enfants de la journaliste assassinée se sont opposés à cette décision. "Dans le nouveau procès, le verdict sera le même, car les preuves seront les mêmes", a indiqué l’avocate de la famille, en demandant qu’une "nouvelle enquête soit faite".

La Russie est au 141e rang du classement 2008 pour la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Vingt journalistes ont perdu la vie en raison de leur activité professionnelle depuis mars 2000.


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