Collectif des Objectrices et objecteurs Tarnais Collectif des Objectrices et objecteurs Tarnais

Accueil du site > Tchétchénie > Soirée Ciné-débat à Carmaux avec « Les mains en l’air » de Romain (...)

Soirée Ciné-débat à Carmaux avec « Les mains en l’air » de Romain Goupil

Le lundi 5 juillet 20h30 au ciméma « Le lido » à Carmaux (81)


Soirée Ciné-débat à Carmaux

Le lundi 5 juillet 20h30 au ciméma « Le lido »

avec « Les mains en l’air » de Romain Goupil

Le thème : une petite Tchétchène doit être expulsée de France, ses copines et copains ne sont pas d’accord…

La projection sera suivie d’un débat avec RESF, le MRAP et le collectif de soutien aux familles tchétchènes.

La soirée se clôturera autour d’un pot et dégustation de gâteaux de divers pays.

Le collectif de soutien aux familles tchétchènes,


CRITIQUE de Télérama :t__l__rama.png

Décidément, le cinéma de Romain Goupil est à part. Il y a huit ans, dans Une pure coïncidence, il se servait d’un vrai faux docu potache pour enquêter sur le trafic des faux papiers en France. Aujourd’hui, c’est à ceux qui n’en ont pas, de papiers, qu’il s’attache et, une fois encore, il traite ce thème de façon originale : une fable engagée. Une fable politique mais ludique, dont les héros sont des enfants...

Tout débute, cependant, sur le visage d’une presque vieille dame de 60 ans. Nous sommes en 2067, et Milena ne se souvient plus « qui était président de la République en 2009 » - cette pique de Goupil annonce déjà toute l’insolence malicieuse du film ! En revanche, elle se rappelle parfaitement qu’elle était en CM2... Et on la voit, alors, cette petite beauté brune de 11 ans, avec ses copains, Blaise, Alice, Claudio, Ali et Youssef. Ils sont inséparables. Liés par une insouciante solidarité qu’aucun adulte ne saurait violer. Les gamins (ce sont de petites canailles !) se livrent à des trafics en classe et foncent, à la sortie de l’école, leur cartable de travers, dans leur cachette à eux : là, ils étiquettent des jeux vidéo qu’ils ont piratés, à moins qu’ils ne chapardent dans la cave voisine d’un épicier... Mais, un jour, Youssef, sans papiers, est expulsé avec sa famille : scène d’arrestation terrible que le cinéaste filme de loin, à travers une fenêtre, sous le regard de Milena, la petite Tchétchène qui risque le même sort que son copain. « A partir de maintenant, tu ne me quittes plus. Tu es comme ma sœur », décrète Blaise, secrètement amoureux d’elle. Le reste de la bande est d’accord. Personne ne touchera à leur amie...

La force du « nous » : un thème cher à Goupil, que cet ancien trotskiste ne cesse, film après film, de revisiter, avec l’énergie chahuteuse d’un éternel soixante-huitard. Les militants d’Une pure coïncidence étaient de joyeux quinquas, vieux copains d’enfance, qui composaient un commando de justiciers hors-la-loi. Dans Mourir à 30 ans, son premier long métrage, Caméra d’or à Cannes en 1982, il filmait, déjà, les années 1960 de tous les espoirs en compilant des images de lutte des Comités d’action lycéens. On le sent : Romain Goupil veut croire que le clan haut comme trois pommes des Mains en l’air, c’est un peu les enfants, les petits-enfants de tous ces militants-là. Que rien n’est perdu.

Et puis il y a Cendrine, la maman de Blaise et de la petite Alice. Une grande personne qui ne réfléchit pas, qui s’engage. Elle décide de recueillir Milena pour la sauver d’une possible expulsion. « On l’accueille, c’est tout », répond-elle à son mari, tout de même un peu dérouté. Faut-il expliquer une évidence ? Ce rôle de femme qui a su garder un regard naïf devant l’injustice, Romain Goupil l’a proposé à Valeria Bruni-Tedeschi, et franchement on se moque qu’elle soit la belle-sœur de..., que Goupil ait fait exprès ou non de la choisir. Dans le regard bleu de Cendrine, on ne voit pas la flamme de la pasionaria, mais un entêtement rêveur, soudain magnifique. Dans la vie, bien sûr, cet entêtement-là se heurterait, comme le savent si bien tous les militants du Réseau éducation sans frontières, à des monceaux de difficultés, des montagnes de paperasse. Dans le film, c’est à peine si l’on voit Cendrine au téléphone quelques minutes, à propos d’un « dossier »...Mais le film est un conte, et on l’aime pour ça. Une ode au militantisme buissonnier, à ces résistants en herbe qui finissent par se terrer dans leur tanière, refuge ignoré des grands. Par moments, le regard de Romain Goupil sur les enfants rappelle celui de Jacques Doillon, si fort et si juste. A l’image de ses interprètes (notamment la fondante Louna Klanit, qui joue la petite Alice, embêtée par l’orthographe du mot Pyrénées !), ce film tendre, où la politique mesure 1,30 m, ne fait jamais la leçon. Et il rappelle que l’engagement, ce devrait être l’enfance de l’art.

Guillemette Odicino Télérama, Samedi 12 juin 2010

Portfolio


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
AbLink Sites Internet
Site réalisé et hébergé par AbLink Sites Internet